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    J'écris... 

    **J'écris naïvement tout ce qui au cœur me touche.

                      Joachim Du Bellay

    J’écris...

     

    J'écris pour le village au flanc de la montagne,

    Pour la femme écrasée au travail ménager.

    Pour ceux là dont la vie est un bagne,

    Dont le désir profond serait de voyager...

     

    Pour cet être isolé, malade au teint pâli,

    Pour les cœurs affamés, perdus de solitude,

    Pour le vieillard tremblant victime de l'oubli,

    Je clame la douleur de ma solitude.

     

    J'écris dans un élan, comme chante l'oiseau,

    La phrase naît en moi douloureuse ou frivole

    Je la veux simplement souple comme un roseau

    Avec l'appui d'une aile, afin qu'elle s'envole.

     

    Faisant d'un joli vers un rébus imparfait,

    je ne recherche pas la phrase trop savante

    qui laisse le lecteur un instant stupéfait

    Et qui, sans la charmer, l'ennuie ou l'épouvante!

     

    Pourquoi choisir des mots obscurs et compliqués?

    Peut-on peindre l'amour mieux qu'en disant : «Je t'aime»?

    Les visages de l'âme ont peur d'être masqués,

    Je veux que l'on me lise en comprenant mon thème.

     

    Certes, poétiser! Mais ne pas travestir...

    Si mon vers dit: «J'ai mal» au lieu de quelque outrance

    C'est que, dans la douleur qu'ils peuvent ressentir,

    tous ont le même cri pour marquer la souffrance.

     

    Il est à l'érudit aussi bien qu'au berger,

    Et chacun croît ainsi que j'écris pour lui-même.

    Ce qui monte du cœur, on doit le ménager,

    Puis l'esprit veille afin que la plume n'essaime...

     

    C'est tout!... Et je m'en vais rêver au bois la nuit.

    Un sanglot merveilleux m’atteint et me pénètre:

    chantant la fleur mourante ou l'étoile qui fuit

    C'est le doux rossignol que j'ai choisi pour naître.

     

    Joachim Du Bellay

    J'écris...

    Anecdote:

    Ce poème est tellement simple qu'il me semble l'avoir écris moi-même!


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  • Cher ange, vous êtes belle

    Cher Ange, vous êtes belle

     

    Cher ange, vous êtes belle
    A faire rêver d'amour,
    Pour une seule étincelle
    De votre vive prunelle,
    Le poète tout un jour.

    Air naïf de jeune fille,
    Front uni, veines d'azur,
    Douce haleine-de vanille,
    Bouche rosée où scintille
    Sur l'ivoire un rire pur ;

    Pied svelte et cambré, main blanche,
    Soyeuses boucles de jais,
    Col de cygne qui se penche,
    Flexible comme la branche
    Qu'au soir caresse un vent frais ;

    Vous avez, sur ma parole,
    Tout ce qu'il faut pour charmer ;
    Mais votre âme est si frivole,
    Mais votre tête est si folle
    Que l'on n'ose vous aimer.

     

    Théophile Gautier. 

    Cher ange, vous êtes belle

    Poète : Théophile Gautier (1811-1872)

    Recueil : Élégies (1830).Élégie VII.


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    Il n'y a pas d'amour heureux

     

     

    Il n'y a pas d'amour heureux

     

    Rien n'est jamais acquis à l'homme ni sa force
    Ni sa faiblesse ni son coeur et quand il croit
    Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix
    Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
    Sa vie est un étrange et douloureux divorce
    Il n'y a pas d'amour heureux

    Qu'on avait habillés pour un autre destin
    À quoi peut leur servir de se lever matin
    Eux qu'on retrouve au soir désoeuvrés incertains
    Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes
    Il n'y a pas d'amour heureux

    Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
    Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
    Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
    Répétant après moi les mots que j'ai tressés
    Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent
    Il n'y a pas d'amour heureux

    Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard
    Que pleurent dans la nuit nos cœurs à l'unisson
    Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
    Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare
    Il n'y a pas d'amour heureux.

    Louis Aragon

    Il n'y a pas d'amour heureux

    Poète Louis Aragon (1897-1982)

    Recueil : La Diane française (1944). 


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    Pour toujours

     

    Pour toujours



    L'espoir divin qu'à deux on parvient à former
    Et qu'à deux on partage,
    L'espoir d'aimer longtemps, d'aimer toujours, d'aimer
    Chaque jour davantage ;

    Le désir éternel, chimérique et touchant,
    Que les amants soupirent,
    A l'instant adorable où, tout en se cherchant,
    Leurs lèvres se respirent ;

    Ce désir décevant, ce cher espoir trompeur,
    Jamais nous n'en parlâmes ;
    Et je souffre de voir que nous en ayons peur,
    Bien qu'il soit dans nos âmes.

    Lorsque je te murmure, amant interrogé,
    Une douce réponse,
    C'est le mot : – Pour toujours ! – sur les lèvres que j'ai,
    Sans que je le prononce ;

    Et bien qu'un cher écho le dise dans ton cœur,
    Ton silence est le même,
    Alors que sur ton sein, me mourant de langueur,
    Je jure que je t'aime.

    Qu'importe le passé ? Qu'importe l'avenir ?
    La chose la meilleure,
    C'est croire que jamais elle ne doit finir,
    L'illusion d'une heure.

    Et quand je te dirai : – Pour toujours ! – ne fais rien
    Qui dissipe ce songe,
    Et que plus tendrement ton baiser sur le mien
    S'appuie et se prolonge !

     

    François Coppée.


    Pour toujours

     

    Poète : François Coppée (1842-1908)

    Recueil : Le cahier rouge (1892).


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    La chanson de l'automne

    La chanson de l'automne

      

    Tout suffocant
    Et blême quand
    Sonne l'heure
    Je me souviens
    Des jours anciens
    Et je pleure

    Et je m'en vais
    Au vent mauvais
    Qui m'emporte
    Deçà delà
    Pareille à la
    Feuille morte

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    Paul Verlaine

     


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